Dysurie féminine et hyperactivité vésicale

Par Dr. David Azoulai

1. La dysurie féminine

Les troubles urinaires féminins constituent un motif très fréquent de consultation. La dysurie (difficulté à uriner) et l’hyperactivité vésicale (envie urgente et fréquente d’uriner) concernent jusqu’à 20 à 30 % des femmes selon l’âge, avec un retentissement important sur la qualité de vie : gêne sociale, anxiété anticipatoire, troubles du sommeil et altération de la vie professionnelle ou intim

1. La dysurie féminineDéfinition

La dysurie correspond à une difficulté à initier ou maintenir le jet urinaire, parfois associée à une sensation de vidange incomplète. FréquenceLa dysurie touche environ 10 % des femmes à un moment de leur vie, mais elle reste largement sous-diagnostiquée, car souvent confondue avec une infection urinaire. Causes possibles

Les origines de la dysurie sont multiples :

Causes obstructives
-
obstruction urétrale (sténose, séquelle traumatique)
- prolapsus génito-urinaire (cystocèle, hystérocèle)
- masse pelvienne compressive

Causes fonctionnelles
-
dyssynergie vésico-sphinctérienneo relâchement insuffisant du sphincter lors de la mictiono hypertonie du plancher pelvien

Causes iatrogènes ou contextuelles
- médicaments (antalgiques opioïdes, antidépresseurs, antihistaminiques)
- post-partumo post-chirurgie pelvienne ou urologique

Causes infectieuses ou inflammatoires
-
cystite, urétriteo
- lichen scléreux

2. L’hyperactivité vésicale (HAV)

Définition
L’hyperactivité vésicale se caractérise par :
• des envies urgentes d’uriner, difficiles à différer,
• une augmentation de la fréquence des mictions,
• parfois des pertes involontaires d’urines (urgenturies). Elle peut survenir avec ou sans fuite urinaire.

Fréquence:
Il s’agit d’un trouble extrêmement courant : jusqu’à 20 % des femmes après 40 ans en présentent les symptômes, avec une augmentation progressive avec l’âge.

Causes possibles :
Les mécanismes sont variés :
Causes idiopathiques (les plus fréquentes)– absence de lésion identifiable mais hyperexcitabilité de la vessie.
Causes inflammatoires– cystites infectieuses ou récidivantes– cystite interstitielle / syndrome douloureux vésical
Causes neurologiques– sclérose en plaques– neuropathies diabétiques– complications post-chirurgicales pelviennes
Causes mécaniques– prolapsus– résidus urinaires chroniques

Chaque patiente présente une cause et un contexte qui lui sont propres. C’est pourquoi une évaluation individualisée est indispensable.

3. Évaluation personnalisée : une étape essentielle

Elle repose sur :
• un entretien clinique détaillé (habitudes mictionnelles, douleurs, hygiène de vie, antécédents),
• un examen clinique uro-gynécologique,
• un ECBU si nécessaire,
• une échographie de la vessie et du pelvis,
• une évaluation du résidu post-mictionnel,
• parfois une urodynamique (exploration fonctionnelle de la vessie).Cette approche permet de distinguer les causes obstructives, inflammatoires, neurologiques ou fonctionnelles et d’adapter un traitement précis.

4. Principes généraux de traitement

Pour la dysurie

– prise en charge d’un prolapsus,
– dilatation ou traitement d’une sténose,
– adaptation médicamenteuse,
– prise en charge d’une hypertonie périnéale (rééducation).

• Optimisation des habitudes mictionnelles.
• En cas de dysfonction vésico-sphinctérienne : rééducation mictionnelle ou périnéale spécialisée.

Pour l’hyperactivité vésicaleMesures comportementales
– réduction des excitants (café, thé, sodas)
– contrôle des apports hydriques
– rééducation vésicale

Rééducation périnéale
– travail sensoriel, inhibition des contractions vésicales
– prise en charge par un kinésithérapeute spécialisé

Traitements médicamenteux
– anticholinergiques
– bêta-3 agonistes

Traitements de seconde intention
– injections intradétrusoriennes de toxine botulique
– neuromodulation sacrée (technique de stimulation électrique)Dans tous les cas, le traitement est adapté à la cause, à la gêne et au mode de vie de chaque patiente.

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